lundi, 19 janvier 2009
Thumper, ma Longue Course contre le temps...
Le temps est paraît il une science exacte. Ne dit on pas d'ailleurs, « précis comme un coucou suisse » (désolé Dan, je sais que c'est un sujet qui fâche) ?
Pourtant, une expérience récente tendrait à prouver qu'il n'y a pas de géométrie plus variable, que celle de l'échelle temporelle.
Prenons l'exemple d'une heure. Ça n'a jamais été, et ça ne sera à tout jamais, que 60 minutes. Pas 50 ni 70. Juste 60.
Cependant, il est des heures qui durent des éternités.
Et il en est d'autres qu'on aimerait ne jamais voir arriver à leur terme.
En Auvergne, le coucou suisse (et sa proverbiale ponctualité), il nous les a gonflées menu-menu !!!
Les zoziaux, à la base, nous, on les aurait plutôt à la bonne. Mais là, franchement, au pays de la chamanerie mono-piston, l'helvète volatile, on aurait aimé qu'il nous lâche un peu, et qu'il oublie les contraintes de sa fonction.
Parce qu'à dire vrai, avec le recul, il n'est pas sûr qu'avec les actuelles castrations sarkozyennes, on ait pas eu à composer avec des heures de 30, voire 15 minutes...
Des heures passées dans l'antre d'un bonhomme pas comme les autres, à Manzat (localité perdue du bout du monde), qui semblaient s'écouler en accéléré, comme si le bonhomme à barbe blanche qui gère le sablier universel, avait décidé d'appuyer sur la touche « avance rapide ».
Des heures si courtes, à écouter un 'gamin' de 60 piges nous raconter (avec l'œil brillant d'un diabétique devant la vitrine d'une pâtisserie), tous les projets qui affluent sous son occiput, dès lors que l'on prononce le sésame magique : « longue course » (passeport obligatoire pour voir le grizzly du 63, abandonner ses machines afin de nous faire partager son euphorie sur le sujet), que lorsque le moment de prendre congé se fait nécessité, on a juste l'impression d'avoir poussé la porte du bouclard depuis quelques minutes...
Le temps, justement, remontons le de quelques heures.
Normandie. Jeudi soir. Banlieue de Rouen. Sur le coup des 19 heures.
Consécration de mois d'efforts de la part du dénommé Arvella, pour réactiver les projets de jeunesse d'un Daniel Winter aux aspirations de mécanique sensorielle hors du commun, de coups de fil croisés entre la Haute et la Basse Normandie, et de semaines d'échanges à préparer l'affaire, trois chevaliers de la table ronde en quête du Graal mécanique selon St Dan, se réunissent pour finaliser le pèlerinage en terre sainte du lendemain. Messires Arvella, RollingXT et Thumper.
Les questions fusent, les interrogations s'expriment, les doutes s'amenuisent peu à peu.
Autour d'une table et d'une bonne bouteille, quand les pseudos du forum font place à des visages, la connivence s'installe rapidement, et bientôt, c'est avec l'impression de faire partie d'une réunion de vieux potes, que se termine cette soirée si bien remplie.
C'est encore pressés par le temps, qu'à 0h30, tout le monde file se torchonner, la nuit s'annonçant courte.
3h30, levée des corps.
Un poil ensuqués, mais tout excités par le programme de la journée, deux des trois lascars prennent la route vers la terre promise, la soute de leur long-courrier toute alourdie de la précieuse cargaison de monocylindres deux soupapes, à l'intention d'un magicien animé des meilleures intentions à leur égard.
Aux deux sculptures japonaises de Hamamatsu - 浜松市, originellement prévues, est venue se greffer en toute dernière minute, une troisième qu'ils n'espéraient plus. Arvella le rebelle a finalement choisi de confier sa sculpture de métal, extraite avec force précautions de la Cabanaufondujardin, aux deux convoyeurs du jour.
Enfin, elle est là, toute emmaillotée de serviettes et de scotch, rejoignant dans sa grande poubelle de jardin, ses deux congénères, dans leur plus simple appareil.
-10.. -11.. -12.. -13°... à cette heure matinale, l'ordinateur de bord leur affiche une traversée de la Normandie, du Vexin et de l'Île de France particulièrement frisquette.
Le contournement de Paris se fait à vitesse express, et c'est dans une aurore enneigée, qu'est chargée au sud de Paris, la quatrième et dernière pièce, en partance pour les terres saintes.
Le temps de faire la connaissance du quatrième stroker-man, Bill77, d'apprécier son destrier dépouillé de ses entrailles, de causer brièvement historique / vécu / motivations, et voilà déjà que le coucou suisse les rappelle à leurs obligations : il est temps de reprendre la route.
Charles Trenet vantait ses mérites.
Peu à peu, sous un froid toujours glacial, elle se montre accueillante, cette mythique nationale 7, en illuminant leur voyage d'un soleil radieux, annonciateur de félicités futures.
Les degrés remontent peu à peu, pour finir par passer en positif.
Les kilomètres défilent, les radars et les jumelles bleues également.
Finalement, c'est sans encombre que l'équipage débarque sur les terres du magicien de la grosse gamelle, un peu avant midi, en ayant pris soin d'immortaliser l'arrivée par quelques clichés devant le panneau de la sainte bourgade.
Arvella leur annonçait à droite, la tanière du chaman, et c'est finalement sur la gauche qu'ils la découvriront.
Comme quoi, les voies du seigneur sont impénétrables...
Un tour de la place, et "il" est là. Dehors.
La tête enrubannée d'un heaume en polaire, la bacchante fournie, occupé à tailler le bout de gras avec un ancien en Vespa jaune 4 temps injecté. Le genre qui baroude depuis 40 piges sur tout ce qui roule et qui a deux roues, et qui vient de craquer par nostalgie, sur la guêpe romaine du XXIème siècle.
Le grizzly serait-il un animal qui goûte les bains de soleil ?
A peine sortis de l'espace, et déjà Valérie, sa compagne, aussi menue et douce, que son gaillard de bonhomme est imposant et généreux en parole, les interpelle : "c'est vous qui venez pour les moteurs de XT ?".
La réponse fuse.
Le temps d'expédier la guêpe et son jockey à bottes de cavalerie, vers les petites routes locales qui vont bien, et déjà le plantigrade est sur eux.
Moment de flottement. Nounours ou tueur carnivore ?...
Il ne faudra pas bien longtemps pour se faire une idée sur la chose : l'animal est définitivement à ranger dans la catégorie "adorable".
Les présentations faites, il leur fait l'honneur de sa tanière.
Et là c'est le choc !
Imaginez un bouclard du siècle dernier, où chaque espace disponible à reçu sa ration de machines.
Entre les Jawa neuves en attente d'un hypothétique client, le side Oural du maître des lieux (tout bardé d'accessoires et d'autocollants atypiques montrant le caractère décalé du personnage), la BM R12 sur le pont, les entrailles à l'air, un 600 XR en attente de greffe d'organes, un 125 XT à vocation agricole, visiblement mal en point, et une paire d'autres véhicules à la destination improbable, c'est toute l'atmosphère des petits garages à l'ancienne qui refait surface en un éclair, dans leurs cerveaux habitués aux show-rooms, concessions premium et autres espaces modélisés.
Au milieu, le comptoir, terre d'accueil du motard en délicatesse avec sa machine. Sur le coin, un bouilleur Harley en déco, histoire de faire comprendre au visiteur 'égaré', qu'ici on ne rigole pas à propos des moulbifs de caractère.
Et de l'autre côté...
L'autre côté, c'est le domaine réservé du vieux mâle plantigrade (du type dit 'ours à lunettes' ?), qui y règne sans partage.
Des machines outils occupent l'essentiel de la place. Elles se sont appropriées l'espace, et il est clair que l'endroit n'est pas propice à la gaudriole.
Au centre de la pièce, une table.
Et là, sous leurs yeux soudainement intéressés, s'exposent un concentré de vilos, de pistons, de bielles, des cylindres, des culasses et autres chemises en attente de traitement de choc par le doctor-ès-stroker.
Le temps de faire le tour de l'atelier, et déjà la faconde du Dan s'est mise en marche.
Il lui tient à cœur de tout (ou presque) leur dire.
Et ça tombe plutôt bien, parce que dans le genre, ils sont plutôt bon public.
L'hydre à deux têtes.
Rolling, son truc c'est la mécanique.
Thumper, lui c'est plutôt le ressenti.
Les questions fusent. Pour l'un, c'est une histoire de questions en suspens, quant au mode opératoire, aux solutions retenues, et à la réalisation des différents points techniques, pour l'autre c'est surtout affaire de sensations, de feeling et de rendu à l'utilisation.
Bref, le bonhomme est harcelé, et de bon cœur, ne se soustrait à aucune question.
Entre temps, les visiteurs ont compris le pourquoi de la séance "couleuvre", au soleil sur la place.
Avec les températures largement négatives de ces derniers jours, il règne à l'intérieur, une température polaire (le paradis pour un ours blanc, en quelque sorte).
L'eau des toilettes est gelée. Tout comme la bouteille d'eau appelée à suppléer les carences de la tuyauterie.
Mais comment diantre fait donc ce diable d'homme pour opérer de la mécanique de précision, dans de pareilles conditions ?
Ils ne s'interrogeront cependant guère longtemps : le moment est venu de pousser les meubles, et d'amener à leur place, les quatre gros bébés descendus jusque là, avec toutes les précautions d'usage.
Et voilà notre Dan, ému comme un gamin, allongé au pied des quatre gromonos.
Quelques photos plus tard (gravons pour l'éternité ces moments si particuliers), et voilà, sortis d'on ne sait où, toute une rangée de supports, préparés par le boss dans l'attente du jour 'J'.
Ils sont maintenant là, alignés sur le comptoir, comme à la parade.
Spectacle incroyable de ces sept Cathédrales érigées sur leur trône !
Le Dan, il n'en croit pas ses yeux. il jubile tel un gamin, adorable farfadet de plus d'un quintal !
Rolling et Thumper, quant à eux, se marrent, partagés entre le spectacle des moteurs en rang d'oignons, et celui d'un Dan hilare, à l'enthousiasme particulièrement communicatif.
Allez, zouuuuuuu ! It's time for casse-croûte.
Que ceux qui s'imaginent que la pause méridienne signe l'arrêt des hostilités, aillent parapher dans la minute, un bon de commande pour un roadster japonais quatre cylindres 600 cm3 !!!
Le chaman n'arrête jamais de cogiter technique ! Même avec une assiette ou un verre plein...
La preuve ? Ces crobards sur la nappe du repas.
(interlude : mentionnons à ce sujet, l'incident diplomatique, évité de justesse, lorsque la taulière du petit restau où les trois lascars se sustentent, présente au sorcier un coco-colo, comme on dit chez les nordistes, en lieu et place du petit breuvage ravigotant commandé comme à l'accoutumée. C'est avec force palabres, que les deux convoyeurs réussissent à éviter un carnage dévastateur dans l'estaminet).
Le combat à distance contre le coucou, une fois de plus perdu, c'est après deux bonnes heures de discussions passionnées, perdues entre la qualité de fonderie de la bielle estampillée 'Winter', la sensation incomparable du LCBC qui s'arrache, les souvenirs de jeunesse, et les pèlerinages en side au fin fond de la Russie enneigée (liste non exhaustive), que nos trois compères regagnent le lieu du crime.
Le chaman est visiblement tout excité, et son envie de faire partager cette frénésie joyeuse est permanente. Quand l'un des stroker-men vient à manquer d'inspiration, et que les questions se tarissent, c'est lui même qui relance la machine, ayant toujours une anecdote, un éclaircissement, ou une astuce, à apporter.
Bref, le coucou s'emballe, et tout s'accélère encore, quand nos deux lascars se retrouvent avec LE piston proto entre les mains. Soupesé, détaillé, examiné sous toutes les coutures, il fait la fierté de son concepteur, et l'ébahissement des deux témoins.
La messe est dite. L'heure tourne et le grand maître 6ème Dan en mécanique, éprouve le besoin d'abréger le séjour dans un atelier où il n'a visiblement plus l'envie de traîner d'avantage, écourtant de facto une journée où la mécanique pratique n'avait plus droit de cité.
Place à l'humain, la technique reprendra ses droits demain.
Le taulier en ayant décidé ainsi, le bouclard est bientôt clos, en avance sur l'horaire habituel, et tout ce petit monde en route vers le Samsuffi' d'un Dan que la faconde a dû déshydrater.
La preuve en est, qu'à peine parvenus chez eux, le groupe sacrifie très rapidement au rituel du rassemblement autour du point d'eau. Sauf qu'en l'espèce, le breuvage extrait de la réserve du chef, n'a pas grand chose à voir avec le liquide tiré du puits par Cosette.
Le temps (encore lui, quel pénible vraiment celui là) de visionner le dvd de la visite du boss à l'usine Oural, d'admirer quelques une de ses productions du temps où il était un Ouvrier-Artisan-Artiste réputé de la céramique (et croyez moi, il n'était pas manchot dans ce domaine là non plus !!!), de refaire une fois de plus en long et en large, l'inventaire de toutes les modifs cogitées par l'Artiste concernant leur Gromono favori,
le tout en savourant le repas simple et excellent préparé par Valérie, qu'il est déjà l'heure de reprendre la route.
Soucieux à l'idée de perdre ses "petits", c'est Dan lui même qui les ramène à l'entrée de l'autoroute
Une dernière embrassade, la conscience d'avoir vécu un moment privilégié, et les deux lascars filent pour un hébergement chez une copine en Creuse.
Le temps pour le copilote de s'endormir, le pilote de rater la sortie, et de devoir tailler dans un réseau secondaire largement enneigé, et c'est ivres de fatigue, mais la tête pleine d'étoiles que nos gromonoïstes finissent par se glisser sous la couette.
Le retour se fera avec un détour par Bourges, histoire de récupérer des pièces de R16 pour un copain qui retape une Renault, et là encore, ils connaîtront une de ces rencontres que seule la passion autorise.
Invités à manger par des inconnus, ils reprendront la route 2h30 plus tard, le temps de partager, outre une délicieuse choucroute bienvenue, la passion qui anime ce couple de retraités dingues de vieilles voitures.
Après avoir pris le temps d'admirer leurs vieilles Traction, Dauphine (7000 km d'origine, comme neuve), quelques Citroën et surtout ZE masterchief, une Bentley refaite à neuf, dans un état exceptionnel, et c'est cette fois la remontée directe sur la Normandie.
Il est trop tard, arrivés chez Thumper, pour reprendre la route. Avec l'accord de madame (qu'elle en soit remerciée), Rolling décide de rester pour la nuit. Délai supplémentaire pour ressortir toutes les coupures de presse, K7 vidéo ou DVD traitant de leur gromono préféré.
Lever matinal le dimanche, et expédition chez le troisième larron, celui par qui tout est arrivé, l'Arvella-ah-ah-ah.
Par une température qui pique, serrés comme des sardines dans la Cabanaufondujardin, après avoir crapahuté dans un étroit couloir digne d'une zone de trial à l'ancienne pour accéder au 'bloc opératoire', c'est une fois de plus avec enthousiasme et bonne humeur que vont s'échanger les ultimes astuces, infos et autres tuyaux, toujours bons à prendre.
Cette fois ci, l'heure est venue pour Rolling de remonter tout en haut de sa bande de terre entourée d'eau.
Thumper accepte volontiers l'invitation à manger de M & Mme Arvella.
Et de quoi ça a pu discuter d'après vous ????
Allez, cette fois ci le coucou est vainqueur aux points. Mais que ces quelques heures furent enrichissantes et palpitantes à vivre.
Le LCBC c'est vraiment un esprit au delà de la technique.
Merci à Dan pour sa gentillesse, son enthousiasme et sa disponibilité, à Valérie pour tout le reste, à Sylvie pour la couette et le petit dèj', à Bill77 pour ne pas nous avoir laissé poireauter sous la neige, à Arvella et Madame pour être à l'origine de tout celà, à Roger et sa femme (qui ne liront jamais ce courrier) pour leur accueil à bras ouverts, et pour Rolling qui m'a supporté tout ce temps, avec l'enthousiasme d'un gosse et une gentillesse à toute épreuve.
C'était vraiment la LONGUE COURSE contre le temps...
Thumper
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Commentaires
Un grand bravo pour ces reportages, je suis trés ému tout comme doit l'être Arvella, sans qui nous n'en serions pas là.
La Famille revit avec ses composantes simples, vraies et passionnées.
Merci.
Ecrit par : Dan | lundi, 19 janvier 2009
.. moi... ému ? ... non... pas du tout... pourquoi ?
«Émulationné» oui, j' vois là une impulsion qui donne l' meilleur sans faillir ... qualité des Acteurs... huuuuuuuuuuuumm pour un futur cinéma sur grand écran !
Z'êtes très très bien les Gars du Mono, maintenant le Chaman a du moulbifs entre les pattes et quand c' Grand aura en plus ses roupettes au chaud, bien émotionné par son chauffage nouveau, ça va ch... n'd'diou !
Arvella' 14°
Ecrit par : Arvella | lundi, 19 janvier 2009
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